Tsundere, yandere, kuudere, dandere… Tu as forcément croisé ces étiquettes dans un anime ou sur un forum. Et tu t’es peut-être dit qu’il fallait toutes les mémoriser une par une.
Bonne nouvelle : il n’y a qu’un seul mot à comprendre. Le reste, c’est une pièce qu’on visse devant, et tu peux même en inventer toi-même.
- 1 Le « dere » de tsundere : d’où vient-il vraiment ?
- 2 ツンデレ, le mot fondateur : deux mimétiques collés bout à bout
- 3 La recette : remplace la première moitié, tu obtiens un nouveau type
- 4 Liste des types de dere : les cinq que tu croiseras vraiment
- 5 Pourquoi le français est incapable de fabriquer ces mots
- 6 La machine tourne encore : les variantes que les fans inventent
- 7 Le vocabulaire japonais à retenir de cet article
- 8 Récapitulatif : les types de dere en un coup d’œil
Le « dere » de tsundere : d’où vient-il vraiment ?
Tous ces mots se terminent pareil. Ce n’est pas un hasard : ils viennent tous d’un seul et même mot japonais, デレデレ(deredere).
デレデレ, ce n’est pas « aimer » — c’est « se ramollir »
Première surprise, et c’est la plus importante de l’article : デレデレ ne veut pas dire « amoureux ».
Le dictionnaire japonais Digital Daijisen le définit ainsi :
デレデレ
「態度や姿勢にしまりがなく、だらしのないさま。また、男が女にだらしのない態度をとるさま。」Traduction : « Se dit d’une attitude ou d’une posture sans tenue, relâchée. Se dit aussi d’un homme qui perd toute retenue face à une femme. »
※ Source : デジタル大辞泉 / Weblio
Regarde bien : le mot ne parle ni de sentiment, ni de cœur, ni de déclaration. Il parle d’une tenue qui lâche. Quelque chose qui était droit, ferme, tendu, et qui s’affaisse.
L’image mentale, c’est celle du visage qui se décompose bêtement quand la personne qu’on aime entre dans la pièce.
Les épaules tombent, la voix monte d’un ton, le sourire devient idiot. En français on dirait « fondre » ou « être gaga » : ce n’est pas le sentiment, c’est ce que le sentiment fait au corps !
C’est un 擬態語, une catégorie de mots que le français n’a presque pas
デレデレ appartient à une famille très japonaise : les 擬態語(ぎたいご / gitaigo), les « mots mimétiques ».
Les onomatopées que tu connais imitent un son (boum, splash, ワンワン « wan wan » pour l’aboiement du chien). Les gitaigo, eux, imitent un état, une allure, une sensation qui ne fait aucun bruit : la façon dont une chose brille, dont quelqu’un traîne des pieds, dont une attitude se relâche.
Deux familles à ne pas confondre
●擬音語(giongo) ⇒ ça imite un bruit réel
ザーザー(zāzā)= la pluie qui tombe dru
●擬態語(gitaigo) ⇒ ça imite un état silencieux
キラキラ(kirakira)= ça scintille
ダラダラ(daradara)= ça traîne mollement
デレデレ(deredere)= ça fond, ça n’a plus aucune tenue
Ces mots sont énormément plus nombreux en japonais que dans nos langues. Le magazine Nippon.com rappelle d’ailleurs que le français possède bien quelques mimétiques de ce genre — bling-bling, ric-rac, riquiqui — mais qu’ils y sont « nettement plus rares qu’en japonais ».
Retiens ce point : c’est lui qui expliquera, tout à la fin, pourquoi le français a été obligé d’emprunter « tsundere » au lieu de fabriquer son propre mot.
De デレデレ à デレる, puis à la pièce détachée デレ
Les Japonais adorent transformer un mimétique en verbe. Ici, デレデレ a donné le verbe デレる(dereru) : « se mettre à fondre, laisser tomber la façade, devenir tout mielleux ».
Et à partir du moment où デレる existe comme verbe, デレ devient une brique autonome : « le moment où le personnage craque ».
C’est cette brique qu’on va coller au bout de tout et n’importe quoi. On tient la deuxième moitié du mot — il ne manque plus que la première !
ツンデレ, le mot fondateur : deux mimétiques collés bout à bout
Le tout premier mot de la famille, celui qui a lancé la mode, c’est ツンデレ(tsundere). Et sa forme d’origine est plus longue que ce que tu imagines.
À la base, on disait ツンツンデレデレ(tsuntsun deredere) : deux mimétiques doublés, l’un derrière l’autre. Chacun a été raccourci de moitié, et les deux moitiés ont été soudées.
↓ on garde la première moitié de chacun
ツン + デレ
↓
ツンデレ(tsundere)
ツンツン : la pointe qui pique
Et ツンツン, alors ? Là encore, le Daijisen est très parlant. Le mot a plusieurs emplois, et ils s’éclairent les uns les autres :
- des choses pointues qui dépassent : des tiges qui jaillissent, des mèches de cheveux dressées ;
- une odeur qui pique le nez, comme celle d’un désinfectant ;
- une attitude sèche et distante : 「無愛想にとりすましているさま」, quelqu’un de revêche, qui prend ses airs et « ne daigne même pas répondre correctement ».
C’est exactement la bonne intuition ! Le hérisson, quoi.
Du coup, regarde ce que le mot complet raconte : « piquant → puis tout mou ». Ce n’est pas un trait de caractère, c’est une trajectoire dans le temps !
C’est le point que ratent la plupart des définitions rapides qu’on lit en ligne. ツンデレ ne décrit pas une humeur, il décrit une bascule : un état affiché en public, puis son effondrement en privé. Voilà pourquoi il fallait deux mots collés et non un simple adjectif.
Un mot né sur un forum en 2002
Ce vocabulaire n’a rien d’ancien ni de littéraire : il est né sur Internet, et on peut presque le dater au jour près.
29 août 2002 — sur le forum japonais Ayashii World@Zantei(あやしいわーるど@暫定), un internaute commente une héroïne du jeu Kimi ga Nozomu Eien(君が望む永遠, 2001) et écrit qu’elle est bien parce qu’elle est 「ツンツンデレデレ」. C’est la plus ancienne occurrence documentée.
Fin 2002 — la forme raccourcie ツンデレ circule déjà sur le grand forum 2ch.
2005–2006 — le mot sort de la niche : la version 2006 de l’encyclopédie annuelle Imidas le recense, avec l’idée d’une personne d’ordinaire revêche qui devient toute tendre une fois seule avec la personne aimée.
Tous, oui. ツンデレ a servi de moule.
Une fois que les fans ont compris que 「◯◯+デレ」 se comprenait tout seul, ils n’ont plus arrêté d’en produire. C’est le cœur de l’article — on passe au mode d’emploi !
La recette : remplace la première moitié, tu obtiens un nouveau type
Voici la formule complète. Elle tient en une ligne, et elle explique toute la liste des types de dere.
La formule
【ce que le personnage montre aux autres】 + 【デレ】
= « froid / silencieux / dérangé en surface, mais qui fond en dessous »
Et maintenant, la partie franchement amusante. Observe d’où viennent les premières moitiés :
Les briques de gauche et leur origine
ツン ← ツンツン(tsuntsun)= un mimétique : piquant, revêche
ヤン ← 病んでる(yanderu)= un verbe conjugué : « être atteint, malade (dans sa tête) », du verbe 病む(yamu)
クー ← クール(kūru)= un emprunt à l’anglais « cool »
ダン ← だんまり/黙り(danmari)= un nom : le mutisme, du verbe 黙る(damaru, « se taire »)
デレ ← デレデレ lui-même ⇒ デレデレ, c’est-à-dire… aucun masque du tout
Tu vois la folie du truc ? Un mimétique, un verbe conjugué, un mot anglais, un nom commun… la moitié gauche accepte absolument n’importe quoi.
Une seule condition : que ça décrive la façade. La moitié droite, elle, ne bouge jamais. C’est un vrai suffixe !
Tu viens de résumer l’article en une phrase, bravo !
Le デレ est toujours le même : le personnage finit par craquer. Ce qui change d’un type à l’autre, c’est uniquement la nature du mur — et donc la façon dont il va tomber.
Liste des types de dere : les cinq que tu croiseras vraiment
Passons la formule en revue, cas par cas. Inutile d’en apprendre trente : ces cinq-là couvrent l’immense majorité de ce que tu verras.
1. Tsundere(ツンデレ): le mur, c’est l’agressivité
ツンツン(piquant, sec)+ デレ
Le personnage est brusque, hautain, parfois franchement désagréable — et ce n’est pas de l’indifférence : c’est de la gêne déguisée en attaque. Plus il tient à toi, plus il est odieux, parce qu’avouer serait pire que tout. Puis, seul à seul, la façade se fissure.
C’est l’archétype fondateur, et de loin le plus fréquent.
Tout comprendre au tsundere : sens, origine et exemples
2. Yandere(ヤンデレ): le mur, c’est… qu’il n’y en a plus
病んでる(être atteint mentalement)+ デレ
Ici, le préfixe ne décrit pas une attitude de surface mais un dérèglement. L’affection est bien réelle, sauf qu’elle déborde : possessivité, obsession, jalousie qui vire au danger. Le personnage peut être adorable une scène sur deux — c’est précisément ce contraste qui rend le type si marquant.
Le terme s’installe autour de 2005, avec des personnages devenus emblématiques comme Kotonoha Katsura (School Days) ou Kaede Fuyō (Shuffle!).
Le yandere expliqué : quand 病む rencontre デレ
3. Kuudere(クーデレ): le mur, c’est le sang-froid
クール(cool, emprunté à l’anglais)+ デレ
Calme, posé, peu expressif. Attention à la nuance : le kuudere n’est pas hostile, contrairement au tsundere. Il ne pique pas, il ne s’énerve pas — il reste maître de lui, répond posément, et garde ses sentiments derrière une couche de contrôle. Quand le デレ arrive, il est minuscule et n’en est que plus spectaculaire.
Le kuudere en détail : le calme qui cache tout
4. Dandere(ダンデレ): le mur, c’est le silence
だんまり/黙り(le mutisme)+ デレ
À ne pas confondre avec le précédent, et c’est la confusion la plus courante :
dandere ⇒ il se tait parce qu’il est tétanisé. À l’intérieur, ça bouillonne. En tête-à-tête, il se met soudain à parler beaucoup.
Le mot s’est stabilisé plus tard que les autres (on le voit circuler vers la fin des années 2000), et il reste nettement plus employé par les fans occidentaux que par les Japonais eux-mêmes.
5. Deredere(デレデレ): pas de mur du tout
デレ + デレ
Le mot d’origine, réutilisé comme type à part entière. Ici, aucune façade : le personnage est affectueux dès la première seconde, ouvertement, sans jeu de cache-cache. C’est le degré zéro du masque — et donc le point de référence par rapport auquel tous les autres types se définissent.
Le deredere : l’affection sans filtre
La différence en une phrase chacun
tsundere ⇒ il cache ses sentiments en attaquant
kuudere ⇒ il cache ses sentiments en restant impassible
dandere ⇒ il cache ses sentiments en se taisant
yandere ⇒ il ne les cache pas : ils débordent et deviennent dangereux
deredere ⇒ il n’a rien à cacher du tout
Pourquoi le français est incapable de fabriquer ces mots
Voilà l’endroit où la comparaison devient vraiment instructive pour qui apprend le japonais.
Essaie de traduire « tsundere » en français. Tu ne peux pas le faire en un mot. Tu es obligé de dire quelque chose comme « elle joue les dures en public mais elle fond dès qu’on est seuls » : douze mots contre quatre syllabes.
Pièce manquante n°1 : le stock de mimétiques
Le japonais dispose de centaines de gitaigo — un mot tout prêt pour « piquant et sec », un autre pour « qui se relâche bêtement ». Ce sont des étiquettes courtes, immédiatement lisibles, disponibles en rayon.
Le français en possède quelques-uns (bling-bling, ric-rac, riquiqui, fifty-fifty…), mais ils sont rares, ils ne forment pas un système, et surtout aucun ne décrit une attitude affective. Pas de matière première, donc pas de fabrication possible.
Pièce manquante n°2 : un suffixe qui encode un comportement en deux temps
Le français a bien des suffixes productifs pour parler des gens : -phile (cinéphile), -mane (mélomane), -iste, -eur…
Mais regarde ce qu’ils disent : ils nomment l’objet d’une passion ou une activité. « Cinéphile » = qui aime le cinéma. Point final.
Ce que fait 〜デレ : X + デレ ⇒ « qui affiche X, mais qui craque en privé » (deux états + leur ordre dans le temps)
Aucun suffixe français n’emballe une façade, son effondrement, et l’ordre des deux dans une seule terminaison. C’est un scénario miniature comprimé en deux syllabes.
Résultat : le français a fait la seule chose qu’il pouvait faire… il a emprunté le mot tel quel !
« Tsundere » figure aujourd’hui dans le Wiktionnaire francophone, comme nom identique au masculin et au féminin, prononcé [tun.de.ʁe]. Exactement comme on a emprunté « kawaii » ou « sushi » : quand une langue n’a pas la case, elle prend la boîte entière.
La machine tourne encore : les variantes que les fans inventent
Puisque la recette est ouverte à tout le monde, les fans japonais n’ont jamais cessé de produire de nouveaux 〜デレ. On en recense des dizaines : 無口デレ(mukuchi-dere, « taciturne »), オラデレ(ora-dere, du parler brutal « ora »), ニャンデレ(nyan-dere, avec le miaulement ニャン), 黒デレ(kuro-dere, « noir »)…
Il existe même デレツン(deretsun), qui inverse simplement l’ordre : tendre d’abord, sec ensuite.
Surtout pas, rassure-toi !
La grande majorité de ces créations ne dépassent jamais le forum où elles sont nées. Ce sont des mots jetables — et c’est justement la preuve que le suffixe est vivant : on comprend un 〜デレ inédit du premier coup, sans explication.
Retiens les cinq principaux, comprends la formule, et le reste se décodera tout seul.
Le vocabulaire japonais à retenir de cet article
・デレデレ(deredere)⇒ mimétique : sans tenue, tout mou d’affection
・デレる(dereru)⇒ verbe : craquer, se mettre à être tendre
・ツンツン(tsuntsun)⇒ mimétique : piquant, revêche, distant
・病む(yamu)⇒ verbe : être malade, être atteint — forme 病んでる(yanderu)
・黙る(damaru)⇒ verbe : se taire — nom だんまり/黙り(danmari)
・クール(kūru)⇒ emprunt à l’anglais cool
・擬態語(gitaigo)⇒ mot mimétique décrivant un état, non un son
Récapitulatif : les types de dere en un coup d’œil
●デレ vient du mimétique デレデレ = « perdre toute tenue » (et non « aimer »)
⇒ le suffixe désigne le moment où le personnage craque
●ツンデレ est la contraction de ツンツン+デレデレ, attestée dès le 29 août 2002 sur un forum japonais
⇒ le mot décrit une bascule dans le temps, pas une humeur fixe
●La formule 【façade】+デレ accepte n’importe quelle brique à gauche : mimétique (ツン), verbe (ヤン), emprunt anglais (クー), nom (ダン)
●Le français n’a ni le stock de mimétiques, ni un suffixe capable d’encoder deux états successifs
⇒ il a donc emprunté les mots tels quels : tsundere, yandere, kuudere
Tsundere : signification, origine et exemples
Yandere : signification, origine et exemples
Kuudere : signification, origine et exemples
Deredere : signification, origine et exemples
「デジタル大辞泉」via Weblio — entrées デレデレ et つんつん
Wikipédia japonais, article ツンデレ(première attestation de 2002, entrée dans Imidas 2006)
ニコニコ大百科, article デレデレ(le verbe デレる et la productivité du suffixe)
Japanese with Anime — « Dere Types »(étymologies de ヤン, クー, ダン)
Nippon.com, « Les onomatopées japonaises : des sons, des images, des sensations… »(giongo / gitaigo, mimétiques du français)
Wiktionnaire — « tsundere »(emprunt en français, prononciation)