pues en espagnol : le « ben » qui précède toutes les réponses

Kodak
Si tu ne devais retenir qu’un seul mot de remplissage espagnol de toute ta vie, ce serait celui-là : pues.

Pourquoi lui ? Parce qu’il est compris partout dans le monde hispanophone, sans exception, et qu’il occupe la place la plus utile de toutes : juste avant une réponse.

En français, c’est notre « ben… », notre « eh bien… », notre « alors… ».

pues, c’est le mot qui précède la réponse

Voici la situation type. On te pose une question. Tu ne sais pas encore quoi répondre — ou plutôt, tu sais à peu près, mais tu n’as pas encore construit la phrase.

C’est exactement le trou que pues vient boucher.

pues avant une réponse

・— ¿Qué vas a hacer este verano?
  — Pues… todavía no lo sé.
(— Tu vas faire quoi cet été ? — Ben… je ne sais pas encore.)

・— ¿Te gusta la paella?
  — Pues sí, bastante.
(— Tu aimes la paella ? — Ben oui, plutôt.)

・— ¿Y por qué no viniste?
  — Pues porque estaba enfermo.
(— Et pourquoi tu n’es pas venu ? — Ben parce que j’étais malade.)

C’est fou, on peut vraiment traduire par « ben » à chaque fois. Ça tombe pile.
Kodak

C’est une des correspondances les plus fidèles entre nos deux langues !

Et fais attention à un détail dans le deuxième exemple : pues sí. Le pues n’est pas là parce que la personne hésite — elle sait très bien qu’elle aime la paella.

Il est là parce que répondre « sí » tout sec serait un peu brutal. Le pues adoucit. Exactement comme notre « ben oui » est plus doux qu’un « oui » sec.

Le mot qui empêche les réponses trop sèches

C’est une fonction qu’on oublie souvent de mentionner, et elle est pourtant essentielle.

Dans une conversation, répondre par un seul mot peut sonner froid, voire agacé. Le pues initial sert d’amortisseur : il annonce « je prends ta question au sérieux, je te réponds ». C’est de la politesse conversationnelle pure.

— ¿Vienes? — No. ⇒ sec, presque désagréable
— ¿Vienes? — Pues no, hoy no puedo. ⇒ naturel, aimable

Une origine qui va te parler : pues et puis, c’est la même famille

Voilà le genre de détail qui rend un mot beaucoup plus facile à retenir.

Le DLE indique que pues vient du latin post, qui signifiait « après ». Et de son côté, le Trésor de la langue française fait remonter notre adverbe puis au latin populaire postius, une réfection de ce même post.

Attends… donc pues et puis, c’est littéralement le même mot au départ ?
Kodak

Ce sont des cousins germains, oui ! Même racine latine, deux évolutions séparées.

Le latin post = « après ». De là :
françaispuis (« je mange, puis je sors »)
espagnolpues

Sauf que l’espagnol a fait glisser le sens : de « après » vers « puisque, car », puis vers ce pues vide de sens qu’on met avant une réponse.

Cette parenté explique aussi pourquoi pues a gardé, à côté de son rôle de mot de remplissage, un vrai métier de conjonction.

L’autre vie de pues : la conjonction « puisque »

Il est important de savoir que pues n’est pas que un mot de remplissage. Le DLE lui reconnaît d’abord une valeur pleine de conjonction, et tu la croiseras à l’écrit comme à l’oral.

Les emplois « pleins » de pues, d’après le DLE

1. La cause, le motif (« puisque, car »)
Háblale tú, pues lo conoces más que yo.
(Parle-lui, toi, puisque tu le connais mieux que moi.)

2. La reprise du discours (« donc »)
Repito, pues, que hace lo que debe.
(Je répète donc qu’il fait ce qu’il doit.)

3. La conséquence (« eh bien »)
¿No quieres oír mis consejos? Pues tú lo llorarás algún día.
(Tu ne veux pas écouter mes conseils ? Eh bien tu le regretteras un jour.)

4. Le renforcement en tête de phrase
Pues como iba diciendo…
(Eh bien, comme je disais…)
¡Pues no faltaba más!
(Manquerait plus que ça !)

Ça fait quand même beaucoup d’emplois différents pour un seul petit mot… Je vais m’y perdre.
Kodak

Je te rassure tout de suite : tu n’as pas besoin de les produire, seulement de les reconnaître.

Pour parler, un seul emploi te suffit : pues en début de réponse. C’est celui de la vie quotidienne, et il marche partout.

Les autres, tu les rencontreras à la lecture, et le contexte te les donnera sans effort. D’ailleurs le DLE termine son article par une remarque très honnête : pues s’emploie « avec divers sens qui dépendent du ton sur lequel on le prononce ».

Ah, donc même le dictionnaire dit que c’est le ton qui décide. Ça me rassure un peu !

Deux emplois courts à connaître

Deux tournures très fréquentes, où pues se suffit à lui-même :

【¿Pues? = « comment ça ? »】
・— Esta noche no salgo. — ¿Pues?
(— Je ne sors pas ce soir. — Ah bon ? Comment ça ?)

【Pues = « eh oui » (affirmation seule)】
・— ¿Conque habló mal de mí? — Pues.
(— Alors comme ça il a dit du mal de moi ? — Eh oui.)

Le pues placé en fin de phrase : attention, c’est régional

Voici un point que beaucoup de cours passent sous silence, et qui peut créer des malentendus.

Dans certaines régions, pues se place à la fin de la phrase, où il sert à adoucir ou à insister.

Ándale pues. (Mexique) — Allez, d’accord.
Ya pues. (Andes, Pérou) — Bon, ça va.
Dime pues.Allez, dis-moi.
pues.Eh oui, c’est comme ça.

Kodak

Cette position finale est très vivante au Mexique, en Amérique centrale, dans la zone andine et en Colombie — à Medellín, c’est même une marque d’identité locale.

En Espagne, en revanche, elle est nettement plus rare.

Donc si je le mets à la fin en parlant à un Espagnol, ça va faire bizarre ?
Kodak

On te comprendra sans problème, mais oui, ça sonnera « pas d’ici ».

Mon conseil pour débuter : utilise pues en début de phrase, c’est universel. Reconnais la position finale à l’oreille, mais ne la produis que si tu vis dans une région où elle est courante.

La prononciation : deux erreurs typiquement françaises

Ce petit mot cache deux pièges de prononciation, et ce sont précisément ceux sur lesquels un francophone trébuche.

pues se prononce « pwess », en UNE seule syllabe

Erreur 1 : couper en deux syllabes.
✗ « pou-ESS » ⇒ ue est une diphtongue, elle se dit d’un seul jet : pwess. Pense au oui français, mais avec un è derrière.

Erreur 2 : avaler le s final.
✗ « pwè » ⇒ en français, on ne prononce pas les consonnes finales. En espagnol, si. Le s de pues s’entend, toujours.

⇒ Le mot complet : pwess, court, net, avec le s bien audible.

Ce réflexe d’avaler les consonnes finales est le plus tenace chez les francophones, et il ne concerne pas que ce mot. Il vaut le coup de le travailler ici, parce que pues revient toutes les trois phrases dans une conversation.

pues, este, o sea : lequel dans quelle situation ?

Une comparaison rapide, pour éviter la confusion la plus fréquente.

pues ⇒ tu n’as pas encore construit ta réponse ⇒ presque toujours au tout début de ton tour de parole
— ¿Qué opinas? — Pues…

este ⇒ il te manque un mot précisau milieu de la phrase, collé au trou
Fui con… este… con mi primo.

o sea ⇒ tu veux reformuler ce que tu viens de dire ⇒ après une phrase complète
Es difícil, o sea, no imposible.

Ah, la position dans la phrase suffit presque à les distinguer ! Début, milieu, après.
Kodak

C’est le meilleur résumé qu’on puisse en faire, tu as trouvé la formule !

Et c’est aussi pour ça que je te conseille pues pour commencer : sa place est la plus simple à repérer. Question posée ⇒ tu ouvres la bouche ⇒ pues. Pas besoin de réfléchir.

Le dosage : oui, même pues peut devenir un tic

pues est nettement moins voyant que o sea, mais il n’est pas à l’abri. Répété à chaque phrase, il devient lui aussi une muletilla — ce mot que le DLE définit comme « un mot ou une phrase que quelqu’un répète beaucoup par habitude », formé sur le diminutif de muleta, la béquille.

La bonne mesure : un pues par tour de parole, au début, et c’est tout. Pas un pues devant chaque phrase de ta réponse.

Kodak

Et je répète le conseil le plus important de toute cette série : un petit silence n’a rien d’anormal.

Une pause d’une seconde avant de répondre, ça donne l’impression que tu réfléchis. Trois pues d’affilée donnent l’impression que tu es en panique.

L’objectif n’est pas de supprimer les blancs, c’est de ne plus t’arrêter net au milieu d’une phrase.

Récapitulatif : pues

pues = le mot qu’on place juste avant de répondre ⇒ notre « ben… », « eh bien… », « alors… »
●C’est le mot de remplissage à apprendre en premier : compris dans tout le monde hispanophone
●Origine ⇒ du latin post (« après »), la même racine que notre puis
●Il a aussi des emplois pleins ⇒ cause (« puisque »), reprise (« donc »), conséquence (« eh bien »)
⇒ à reconnaître à la lecture, pas besoin de les produire au début
●Fonction discrète mais essentielle ⇒ il adoucit les réponses trop sèches (pues no > no)
●Position finale (ándale pues, ya pues) ⇒ régionale : Mexique, Amérique centrale, Andes, Colombie
●Prononciation ⇒ « pwess » en une seule syllabe, avec le s final bien prononcé
Kodak

pues est l’un des quatre mots de remplissage essentiels de l’espagnol, et c’est le meilleur point de départ.

Pour voir comment il se répartit le travail avec este, o sea et a ver, et retrouver le tableau complet des équivalents français, c’est par ici !

Les mots de remplissage en espagnol : este, pues, o sea et a ver

Sources consultées
Real Academia Española, Diccionario de la lengua española (DLE), entrées « pues » (https://dle.rae.es/pues) et « muletilla » (https://dle.rae.es/muletilla)
CNRTL, Trésor de la langue française informatisé, étymologie de « puis » (https://www.cnrtl.fr/etymologie/puis)
Wikcionario, entrée « pues » (https://es.wiktionary.org/wiki/pues)