Elles sont quatre, et elles marchent par paires :
行ってきます ⇄ 行ってらっしゃい(on part)
ただいま ⇄ おかえりなさい(on rentre)
Une réplique appelle l’autre, comme une balle qu’on se renvoie. Impossible d’en garder une seule !
On les dit, oui — mais rien ne t’y oblige, et surtout rien n’est verrouillé ! Tu peux répondre « bonne journée » à « bonne journée », ou « ouais, ciao », ou juste hocher la tête.
En japonais, à chaque formule correspond une seule réponse attendue. C’est un mécanisme fixe, et c’est ça qui déroute les francophones — beaucoup plus que le vocabulaire lui-même.
- 1 Quatre mots, deux paires : comment fonctionne le rituel
- 2 行ってきます (ittekimasu) : « j’y vais et je reviens »
- 3 行ってらっしゃい (itterasshai) : « vas-y, et reviens »
- 4 ただいま (tadaima) : « à l’instant même »
- 5 おかえりなさい (okaeri nasai) : le faux impératif
- 6 Le cas qui intrigue tous les Français : dire ただいま à une maison vide
- 7 Ce que ces quatre mots ne sont pas
- 8 En dehors de la maison : le bureau, l’école, l’hôtel
- 9 Prononciation : les pièges pour un francophone
- 10 Les quatre mots de la porte : ce qu’il faut retenir
Quatre mots, deux paires : comment fonctionne le rituel
Avant d’entrer dans le détail de chaque mot, il faut voir la structure d’ensemble, parce que c’est elle qui explique tout le reste.
Ces quatre formules ne servent pas à « dire au revoir » ni à « dire bonjour ». Elles servent à marquer le franchissement du seuil de son propre foyer — et elles se répondent deux à deux, dans un ordre invariable.
Le rituel de la porte, en entier
【Au moment de sortir】
Celui qui part : 行ってきます(いってきます/ittekimasu)
⇒ « J’y vais et je reviens. »
Celui qui reste : 行ってらっしゃい(いってらっしゃい/itterasshai)
⇒ « Vas-y, et reviens. »
【Au moment de rentrer】
Celui qui rentre : ただいま(tadaima)
⇒ « Me voilà, à l’instant. »
Celui qui était là : おかえりなさい(okaeri nasai)
⇒ « Te voilà bien rentré. »
Tu tiens le cœur de l’affaire, et en une seule phrase ! Oui : le retour est déjà inscrit dans le mot du départ.
C’est pour ça que ce ne sont pas des adieux. Ce sont deux moitiés d’un même aller-retour, et on prononce la première moitié en franchissant la porte.
行ってきます (ittekimasu) : « j’y vais et je reviens »
行ってきます(ittekimasu)est la contraction de deux verbes : 行く(iku)= aller, et 来る(kuru)= venir. La forme 行って+きます signifie donc, littéralement, « je vais et je viens » — c’est-à-dire « j’y vais et je reviens ici ».
C’est la construction la plus élégante des quatre. Le japonais ne dit pas « je pars » : il refuse de laisser le départ seul dans la phrase, et lui colle immédiatement le retour.
La décomposition de 行ってきます
行っ(て)(itte)⇒ forme en -te du verbe 行く « aller »
+
きます(kimasu)⇒ forme polie de 来る « venir »
=
« aller, puis revenir ici »
⇒ ce n’est pas un adieu : c’est l’annonce d’un aller-retour
La forme moderne est relativement récente. Avant elle, on employait 行って参ります(いってまいります/itte mairimasu), construite sur 参る, le verbe humble correspondant à 来る. Cette forme n’a pas disparu : elle reste la version soignée, celle qu’un employé emploie en quittant le bureau pour un rendez-vous client.
行ってきます, du plus familier au plus soigné
・行ってくる(いってくる/ittekuru)
Version brute, sans politesse. Entre proches, ou quand on marmonne en enfilant ses chaussures.・行ってきます(いってきます/ittekimasu)
La forme standard, celle que tu emploieras partout : famille, colocation, collègues.・行ってきますね(ittekimasu ne)
Un ね ajouté : plus doux, plus attentionné, très courant en famille.・行って参ります(いってまいります/itte mairimasu)
Forme humble. Au bureau, devant un supérieur ou un client. « Je m’absente et je reviens. »
行ってらっしゃい (itterasshai) : « vas-y, et reviens »
行ってらっしゃい(itterasshai)est la réponse de celui qui reste. Elle combine 行って(« va… ») et いらっしゃい, forme impérative de いらっしゃる, le verbe honorifique qui recouvre à la fois « aller », « venir » et « être ».
Le sens complet est donc : « va, et reviens ». Le partant annonce son retour ; celui qui reste le lui demande. Les deux phrases se referment l’une sur l’autre comme deux pièces d’un même mécanisme.
Ha ! Formulé comme ça, c’est presque une menace — mais l’esprit y est ! Disons plutôt : « reviens-nous en bon état ».
Et ce n’est pas anodin historiquement : à une époque où sortir signifiait affronter la route, la nuit, les intempéries, ce petit échange était une manière de dire je compte sur ton retour. Le rituel est resté, la peur a disparu.
Dans la pratique, 行ってらっしゃい s’accompagne très souvent d’un ajout. Ce sont ces petites rallonges qui font la différence entre un japonais scolaire et un japonais vivant.
Ce qu’on ajoute à 行ってらっしゃい
・行ってらっしゃい、気をつけてね。
(いってらっしゃい、きをつけてね/itterasshai, ki o tsukete ne.)
« Vas-y, et fais attention à toi. »・行ってらっしゃい、頑張ってね。
(いってらっしゃい、がんばってね/itterasshai, ganbatte ne.)
« Vas-y, et bon courage. » ⇒ examen, entretien, jour important・行ってらっしゃいませ。
(いってらっしゃいませ/itterasshaimase.)
Version très polie ⇒ hôtels, ryokan, boutiques, entreprises : au client ou au supérieur qui sort
ただいま (tadaima) : « à l’instant même »
ただいま s’écrit 只今 et signifie littéralement « à l’instant, tout de suite, à cette seconde ». C’est l’abréviation de ただいま帰りました(tadaima kaerimashita)= « je viens de rentrer à l’instant ».
Autrement dit, ce qu’on prononce en franchissant la porte n’est même pas le verbe « rentrer » : c’est l’adverbe de temps qui l’accompagnait. Le verbe, lui, est tombé — exactement comme la seconde moitié de さようなら.
Comment ただいま s’est fabriqué
只今帰りました(ただいまかえりました/tadaima kaerimashita)
« Je suis rentré à l’instant. »
↓ on garde le début, on jette le verbe
ただいま
↓
= « À l’instant… »
⇒ le mot 只今 sert d’ailleurs toujours, tel quel, dans d’autres contextes :
ただいま準備いたします « je m’en occupe tout de suite »
ただいま満席です « nous sommes complets pour le moment »
Ce n’est pas du tout un hasard, et tu viens de repérer l’un des grands réflexes de la langue ! Quand une formule est prononcée des milliers de fois, le japonais garde le début et laisse tomber la fin.
Le raisonnement est imparable : si tout le monde sait comment la phrase se termine, à quoi bon la finir ? On retrouve exactement ce mécanisme dans さようなら (sayonara), dont le sens littéral est « puisqu’il en est ainsi… ».
La forme complète, elle, n’a pas disparu. Au bureau, quand on revient d’un déplacement, on dit ただいま戻りました(ただいまもどりました/tadaima modorimashita) = « je suis de retour ». C’est le pendant exact de 行って参ります : même rituel, registre relevé d’un cran.
おかえりなさい (okaeri nasai) : le faux impératif
おかえりなさい s’écrit お帰りなさい, et c’est ici que se cache le piège grammatical le plus amusant des quatre.
Vu de l’extérieur, la formule ressemble à un impératif poli : お + 帰り + なさい, sur le modèle de 見なさい « regarde ! » ou 食べなさい « mange ! ». Ce qui donnerait, appliqué à quelqu’un qui vient d’arriver… « rentre chez toi ! ». Absurde.
Rassure-toi, ce n’en est pas un ! L’apparence est trompeuse : ce なさい n’est pas un impératif.
La formule d’origine était 「よくご無事に、お帰りなさいました」 = « vous êtes bien rentré, sain et sauf ». C’est un constat, au passé. Là encore, la fin de la phrase est tombée — et il ne reste que なさい, qui a l’air d’un ordre sans en être un.
Le détail est savoureux : comme les Japonais eux-mêmes ont fini par entendre なさい comme un impératif, ils lui ont ajouté ませ — la terminaison impérative polie — pour fabriquer お帰りなさいませ. La forme la plus déférente de la langue repose donc sur un contresens devenu norme.
Les niveaux de おかえり
● おかえり(okaeri)⇒ familier. Famille, colocataires, amis proches. « Ah, te voilà ! »
● おかえりなさい(okaeri nasai)⇒ le standard. Famille, voisins, collègues qui reviennent d’un rendez-vous extérieur.
● おかえりなさいませ(okaeri nasaimase)⇒ très déférent. Hôtels et ryokan à un client qui rentre, entreprise à un dirigeant — et, célèbre à l’étranger, les maid cafés d’Akihabara, qui accueillent le client comme s’il rentrait chez lui.
Le cas qui intrigue tous les Français : dire ただいま à une maison vide
Voilà maintenant une habitude qui surprend systématiquement les visiteurs : beaucoup de Japonais qui vivent seuls disent ただいま en rentrant… alors qu’il n’y a personne.
Ce n’est pas une excentricité isolée : la question est assez répandue pour qu’un grand média japonais lui ait consacré un sondage en 2026.
Au chat, souvent, oui ! Mais pas seulement — et c’est là que c’est culturellement intéressant.
Une partie des gens s’adressent au logement lui-même. Dans la sensibilité japonaise, un lieu où l’on vit n’est pas un contenant neutre : c’est un endroit auquel on revient, et qui vous attend. Saluer sa maison n’a alors rien d’étrange.
Il y a aussi une explication plus simple, et sans doute plus puissante : ces formules sont apprises dans la petite enfance, répétées des milliers de fois, et gravées comme des réflexes du corps, pas comme des messages adressés à quelqu’un.
Le japonais est plein de ces énoncés qui n’ont pas besoin de destinataire. いただきます avant de manger se dit tout aussi bien en tête à tête avec un bol de nouilles instantanées. Ce ne sont pas des paroles adressées : ce sont des marqueurs de transition, qui signalent le passage d’un état à un autre.
Ce que ces quatre mots ne sont pas
Voici la partie la plus utile pour éviter les faux pas. Ces formules ont un critère d’emploi très précis, et ce critère n’est ni la politesse, ni l’affection : c’est le fait d’avoir sa base à cet endroit.
La question à se poser : est-ce que c’est MA base ?
◎ Oui, c’est ma base (mon logement, mon bureau, ma classe, mon club)
⇒ en partant : 行ってきます / en revenant : ただいま
× Non, je suis chez quelqu’un d’autre (chez un ami, chez un client)
⇒ en partant : お邪魔しました(おじゃましました/ojama shimashita)« merci de m’avoir reçu » / puis じゃあね ou 失礼します
× Non, je ne reviens pas (déménagement, dernier jour, adieu réel)
⇒ là seulement : さようなら
Autrement dit : on ne dit jamais さようなら à sa famille le matin, et on ne dit jamais 行ってきます en quittant l’appartement d’un ami. Ce serait, dans le premier cas, annoncer qu’on ne rentrera pas ; dans le second, se déclarer chez soi chez les autres.
Pour les séparations qui ne relèvent pas du foyer — un café entre amis, un cours, une soirée — ce sont d’autres formules qui prennent le relais, expliquées ici : じゃあね et またね : la différence exacte, et comment dire au revoir en japonais familier.
En dehors de la maison : le bureau, l’école, l’hôtel
Bonne objection, mais tu vas être content : ces quatre mots sortent largement du foyer !
Partout où un groupe possède une base — une entreprise, une salle de professeurs, un club de lycée — le même rituel se rejoue à l’identique. Il suffit de remonter d’un cran en politesse.
・Au bureau, tu sors voir un client
Toi : 行って参ります(itte mairimasu)/ Les collègues : 行ってらっしゃい
Puis, au retour : ただいま戻りました(tadaima modorimashita)/ Les collègues : お帰りなさい
・À l’hôtel ou au ryokan, tu sors visiter
Le personnel : 行ってらっしゃいませ/ Au retour : お帰りなさいませ
⇒ l’établissement te traite volontairement comme un membre du foyer
・Au lycée, tu quittes la salle du club
Le même échange, en version familière : 行ってきます / 行ってらっしゃい
Prononciation : les pièges pour un francophone
Trois de ces quatre mots contiennent une consonne double (le petit っ), qui n’existe pas en français et qu’on a tendance à écraser.
Comment les prononcer
● いってきます ⇒ i-t-te-ki-ma-su : il faut marquer un temps d’arrêt sur le っ, comme dans « cette table » prononcé lentement
● いってらっしゃい ⇒ i-t-te-ra-s-sha-i : deux arrêts, un avant le て, un avant le しゃ
● ただいま ⇒ ta-da-i-ma, quatre temps égaux, aucun accent sur la fin
● おかえり ⇒ o-ka-e-ri : le え et le り se prononcent, ne les avale pas
Le piège classique du débutant : confondre いただきます(avant de manger)et いってきます(en sortant). Les deux commencent par « i » et personne ne t’en voudra — mais annoncer que tu vas manger en enfilant ton manteau fait toujours son petit effet.
Quelle formule dire à la porte ?
Deux critères commandent tout : ton rôle dans l’échange, et si l’endroit est vraiment ta base.
« J’y vais et je reviens » : le retour est déjà dans le mot.
« Va, et reviens » : ta phrase répond d’avance à la sienne.
« À l’instant… » : abrégé de « je viens de rentrer ».
Ce n’est pas un ordre malgré les apparences : « te voilà bien rentré ».
行ってきます/ただいま fonctionnent partout où tu as une base, pas seulement chez toi.
« Merci de m’avoir reçu », puis じゃあね ou 失礼します. Jamais 行ってきます ailleurs que chez soi.
Le seul cas où le vrai adieu remplace le rituel de la porte.
※ Ces quatre mots ne sont jamais des adieux : dire さようなら à sa famille le matin annoncerait, littéralement, qu’on ne compte pas rentrer.
Les quatre mots de la porte : ce qu’il faut retenir
Récapitulons.
● 行ってらっしゃい = 行って + いらっしゃい(impératif honorifique)⇒ « va, et reviens »
● ただいま = 只今(à l’instant), abrégé de ただいま帰りました ⇒ « je viens de rentrer »
● おかえりなさい ⇒ n’est pas un impératif : vient de「よくご無事にお帰りなさいました」= « te voilà bien rentré »
● Deux paires fixes ⇒ 行ってきます ⇄ 行ってらっしゃい / ただいま ⇄ おかえりなさい : chaque formule appelle sa réponse
● Critère d’emploi ⇒ uniquement quand l’endroit est ta base : maison, bureau, club. Chez les autres, c’est お邪魔しました
● Versions soignées ⇒ 行って参ります/ただいま戻りました(travail), 行ってらっしゃいませ/お帰りなさいませ(hôtels, clients)
● Ce ne sont pas des adieux ⇒ dire さようなら à sa famille le matin serait une petite catastrophe
Tu viens de résumer le rituel mieux que n’importe quel manuel ! C’est exactement ça : entre les murs de chez soi, le japonais ne prévoit pas d’adieu, seulement des allers-retours.
Essaie dès demain matin, même seul chez toi : un 行ってきます en fermant la porte, un ただいま en la rouvrant. Tu verras, ça s’installe en trois jours — 行ってらっしゃい !
「いってきます」「いってらっしゃい」「ただいま」ウィクショナリー日本語版(ja.wiktionary.org)
「行ってきます」Weblio 辞書(https://www.weblio.jp/)
「ただいま」語源由来辞典(https://gogen-yurai.jp/tadaima/)
『日本人の9割が知らずに使っている日本語』より「『お帰りなさい』は『帰れ!』という命令形じゃない」ダ・ヴィンチWeb(https://ddnavi.com/)
「誰もいない家で『ただいま』言う派 vs 言わない派」マイナビニュース(2026年)(https://news.mynavi.jp/)